L'approche
Zerodig
Chez Zerodig, nous nous inspirons du monde naturel pour concevoir notre système de culture. La nature dispose de ses propres mécanismes de création de la fertilité, visibles partout autour de nous, et tout particulièrement dans les écosystèmes forestiers. Les sols n’y sont ni labourés ni perturbés : les structures restent intactes, tandis que bactéries, champignons et protozoaires entretiennent en permanence un équilibre dynamique et vivant.
Notre ambition est de reproduire ce fonctionnement naturel. La méthode Zerodig offre ainsi les conditions permettant à la nature de faire le travail, en s’appuyant sur les processus biologiques plutôt que sur des interventions mécaniques intensives.
Les résultats sont tangibles : une alimentation riche en nutriments, produite avec des rendements aussi comparables à ceux des systèmes conventionnels. La pression des adventices est fortement réduite et les sites cultivés accueillent une biodiversité remarquable — oiseaux, abeilles, insectes et coléoptères — sans oublier les vers de terre, véritables architectes de la fertilité des sols.

Zerodig ou maraîchage sans labour
À un premier niveau, l’horticulture « Zerodig » consiste à produire des cultures et une alimentation saine de manière écologiquement durable, en s’appuyant sur des méthodes qui optimisent le travail humain afin de créer des exploitations économiquement viables. Pour y parvenir, les pratiques Zerodig place la biologie — et en particulier l’écologie des sols — au cœur du système de production agricole. La compréhension et la valorisation du réseau trophique du sol, des interconnexions écologiques, du rôle de la biodiversité dans la limitation des ravageurs des cultures, ainsi que des mécanismes par lesquels les plantes se nourrissent, sont essentielles à la réussite de cette approche.
À un autre niveau, l’agriculture Zerodig va bien au-delà des seules pratiques culturales. Une ferme conduite en Zerodig repose sur un équilibre juste et maîtrisé entre principes écologiques, sociaux et économiques, condition indispensable pour assurer sa durabilité environnementale, sociale et commerciale.
Une alimentation produite selon des principes écologiques, plutôt que chimiques, est plus riche sur le plan nutritionnel et meilleure pour la santé. En remplaçant le capital par des systèmes intelligents qui mobilisent le travail humain de manière efficace et créative, cette approche permet également la création de nombreux emplois qualifiants et porteurs de sens. Elle favorise en outre une forte participation et un engagement diversifié des communautés locales, tant dans les activités agricoles que dans les dynamiques sociales qui les accompagnent.

Les principes écologiques
Un sol sain et fertile est un sol vivant, dynamique et riche en biodiversité. L’écosystème d'un sol vivant est constitué d’une grande diversité de micro-organismes capables de libérer et de rendre disponibles l’ensemble des nutriments nécessaires à la croissance et à la bonne santé des plantes.
Cette écosystème comprend notamment des bactéries, des champignons, des protozoaires, des nématodes, des micro-arthropodes et des vers de terre. Une simple cuillère à café de sol en bonne santé contient davantage de micro-organismes que la population humaine mondiale. Des milliers d’espèces de bactéries et de champignons y travaillent en permanence, produisant enzymes, protéines et nutriments essentiels. Les prédateurs bactériens et fongiques jouent un rôle clé en amorçant le processus de mise à disposition de ces nutriments pour les plantes.
L’un des rôles fondamentaux du réseau trophique du sol est de fournir aux plantes les nutriments dont elles ont besoin, au moment où elles en ont besoin, et sous une forme directement assimilable. En développant ce réseau comme principale source de fertilité, on évite les pertes de nutriments par lessivage vers les nappes et les cours d’eau, phénomène fréquemment associé aux engrais de synthèse et aux effluents d’élevage. Notre compréhension du fonctionnement du réseau trophique du sol est encore en construction, mais les connaissances progressent rapidement.
Nous savons désormais que les plantes entretiennent une relation de coopération et d’échange avec le réseau trophique du sol. Jusqu’à 60 % de l’énergie issue de la photosynthèse est exsudée par les racines dans le sol afin de nourrir les micro-organismes. En retour, les plantes reçoivent des nutriments solubles indispensables à leur croissance, ainsi que des enzymes contribuant à leur protection contre les maladies et les agents pathogènes. Plus le réseau trophique du sol est riche et diversifié, plus les plantes sont vigoureuses et résilientes. Ce sont bien les processus biologiques du sol qui rendent les nutriments accessibles aux plantes.
Lorsque l'écosystème du sol intègre un réseau fongique puissant, la croissance des plantes s’en trouve considérablement renforcée. Les racines s’associent alors aux hyphes fongiques — les mycorhizes — qui peuvent multiplier la portée du système racinaire par un facteur d’au moins 100, voire jusqu’à 1 000. Les plantes deviennent ainsi plus tolérantes à la sécheresse et peuvent accéder aux nutriments sur une surface beaucoup plus étendue. Les champignons synthétisent également de nombreuses molécules biologiques complexes, importantes tant pour la santé des plantes que pour celle des êtres humains.
La compréhension et le soin apportés au l'écosystème du sol sont au fondement même de la pratique de Zerodig. En conditions sans travail du sol, celui-ci n’est pas perturbé : l'écosystème peut se développer pleinement, ses organismes se multiplier et fonctionner efficacement. À l’inverse, le travail mécanique du sol dégrade fortement les réseaux mycorhiziens et déséquilibre la biologie des sols.
En nourrissant l'écosystème du sol à l’aide de composts vivants et de paillages organiques, il est possible d’accélérer son développement. Cette approche permet également de réduire les habitats favorables aux pathogènes et aux ravageurs, comme les limaces, et de créer un sol peu propice à l’installation des plantes pionnières, notamment les adventices. La nature et la diversité des composts et des paillages utilisés influencent directement la composition et l’équilibre de l'écosystème du sol.
Modifier cet équilibre — en particulier entre bactéries et champignons — influe sur les espèces végétales qui s’installent et sur leur mode de croissance. Orienter le réseau trophique du sol vers des stades plus avancés de succession écologique permet de créer un environnement naturellement défavorable aux adventices.

La biologie des sols reflète la succession végétale
À mesure que le réseau trophique du sol se développe, la teneur en matière organique du sol augmente, tout comme le stock de carbone qui y est durablement retenu. Cela signifie que le système horticole absorbe et stocke davantage de dioxyde de carbone (CO₂) qu’il n’en émet. Le carbone est ainsi séquestré à partir de l’atmosphère, et le capital carbone du sol progresse. À grande échelle, ce mécanisme peut contribuer de manière significative à l’atténuation du changement climatique en réduisant la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère.
Avant la généralisation du travail mécanique des sols et l’usage désormais quasi universel des engrais, pesticides et fongicides de synthèse, la plupart des sols agricoles présentaient une teneur en matière organique comprise entre 8 et 10 %. Aujourd’hui, cette moyenne est tombée à 2 à 3 %.
Les sols agricoles du Royaume-Uni contiennent actuellement environ 10 milliards de tonnes de carbone, contre 18 à 23 milliards de tonnes avant l’essor de l’agriculture intensive. Les pratiques agricoles actuelles continuent d’aggraver ces pertes : en Angleterre et au pays de Galles, les sols perdent chaque année 5,3 millions de tonnes de carbone, soit l’équivalent de 19,5 millions de tonnes de CO₂ émises annuellement. Modifier les pratiques agricoles afin de restaurer le carbone des sols permettrait de réduire significativement les émissions nettes de CO₂.
L’initiative française « 4 pour 1 000 » montre qu’en réintroduisant dans les sols agricoles le carbone perdu à un rythme de 0,4 % par an, il serait possible de stopper l’augmentation annuelle de la concentration de CO₂ dans l’atmosphère.
Autrement dit, une augmentation de 15 % du stock mondial de carbone terrestre permettrait d’absorber l’ensemble des émissions de carbone depuis la révolution industrielle. De même, une hausse maintenue de 2 % de la matière organique des sols agricoles à l’échelle mondiale suffirait à compenser toutes les émissions liées à la combustion des énergies fossiles au cours des cent dernières années.
L’agriculture produit les aliments que nous consommons. La manière dont elle est pratiquée influence directement la qualité de notre alimentation et notre santé, comme l’exprimait dès 1943 Lady Eve Balfour :
« Si la santé de la nation dépend de la manière dont sa nourriture est produite, alors l’agriculture doit être considérée comme l’un des services de santé — en réalité, le service de santé primaire. »
L’amélioration de la qualité nutritionnelle des aliments va de pair avec les principes écologiques qui sous-tendent le no-dig. Or, notre système alimentaire actuel est en décalage avec notre biologie évolutive. Notre adaptation culturelle progresse plus rapidement que notre adaptation biologique. Le paradoxe qui en résulte est le suivant : alors que la mortalité diminue et que l’espérance de vie augmente, la morbidité progresse elle aussi. Ce déséquilibre mobilise une part croissante des budgets de santé. On parle parfois de « faim cachée » : bien que nous soyons rassasiés, nous ne sommes pas correctement nourris.
Déjà, vers 400 av. J.-C., Hippocrate résumait cette relation fondamentale entre alimentation et santé :
« Que ton aliment soit ton médicament, et que ton médicament soit ton aliment. »
En grande partie du fait de l’agriculture moderne et de l’augmentation du niveau de transformation des aliments, la densité et la diversité nutritionnelles de notre alimentation ont fortement diminué au cours du dernier siècle, parfois de manière spectaculaire. Nous nourrissons désormais notre microbiote intestinal avec une palette de nutriments de plus en plus restreinte, souvent accompagnée de résidus chimiques. Or, tout comme le microbiome du sol décompose les composés pour rendre les nutriments disponibles aux plantes, le microbiote intestinal constitue la première ligne de transformation des aliments afin de fournir à notre organisme les nutriments dont il a besoin.
De la même manière que les plantes ont évolué en symbiose avec le microbiome du sol, les êtres humains ont évolué en symbiose avec leur microbiote intestinal. Un microbiote sain nécessite la diversité des quelque 80 composés nutritionnels primaires et des milliers de composés secondaires complexes présents dans les aliments végétaux et animaux que nous avons consommés au cours de notre évolution, notamment à l’époque des chasseurs-cueilleurs. L’alimentation contemporaine s’en éloigne considérablement.
Les composés nutritionnels primaires comprennent l’eau, les fibres, les lipides, les glucides, les vitamines, les protéines et les minéraux. Les composés secondaires — souvent appelés phytonutriments — regroupent une grande diversité de phénols, terpènes, alcaloïdes et composés soufrés. À la suite de leur coévolution avec les herbivores, les plantes ont probablement développé plus de 100 000 de ces composés secondaires, dont une grande partie n’est plus présente dans les aliments issus de l’agriculture moderne.
En reposant sur le développement d’une microbiologie du sol saine et diversifiée, l’approche no-dig permet d’augmenter à la fois la densité nutritionnelle et la diversité nutritionnelle des plantes cultivées.




